"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"
C'est le titre d'un roman d'Anna Gavalda.
Il m'est arrivé déjà d'avoir désespérément envie d'être attendue quelque part... et quand je dis "quelque part" je devrais plutôt dire "être attendue dans ce tout petit village de l'Yonne, où se trouvait la maison construite par mon arrière arrière grand père, Achille FAULLE et dans la quelle je rendais souvent visite à mes grands parents (pépé Robert était son petit fils)
Il est sept heures..
J’avale mon petit déjeuner sans même prendre le temps de le savourer, prépare à la va vite de quoi faire un casse croûte ce midi, attrape mes bagages déposés à côté de la table et,le visage rayonnant de bonheur, je grimpe dans ma vieille golf.
Un petit moment d’hésitation, ai-je bien éteint la machine à café… ai-je bien fermé à clef, et je démarre une chanson aux lèvres, CETTE chanson, si souvent chantée par ma grand-mère, « toi ma p’tite folie, mon p’tit grain de fantaisie, toi qui bouleverse, toi qui renverse, tout ce qui était ma vie ».
Je prends l’autoroute. Auxerre
266 km. 266 kilomètres à faire avant de me retrouver sur cette route qui mène à
Andryes, village de mes ancêtres sur plusieurs générations. Village de même pas
300 habitants, la campagne quoi. La campagne où les coqs chantent encore et où
seul le bruit des tracteurs trouble un silence paisible. Et surtout et
par-dessus tout village où mémé et pépé
ont cette petite maison, construite par mon arrière-arrière-grand-père ;
cette petite maison qui leur permet
régulièrement de s’évader de leur vie parisienne. Je les vois comme si j’y étais
déjà… tous les deux sur le perron le visage chaleureux et souriant.
Je mets la radio mais « toi ma p’tite folie » continue à me
trotter dans la tête…Les kilomètres défilent… Neufchâteau… je n’ai fait que 66
kilomètres ! Il me tarde d’arriver.. Je me garerai sur le petit bout de
place juste devant la grille d’entrée, je les verrai, car bien sur ils
m’attendraient. Sans prendre le temps de refermer la voiture, je grimperai à
toute allure les quelques marches du perron pour leur sauter au cou…L’émotion m’étreint
et je fais un gros effort pour me concentrer sur la route…à la radio un tube
débile et toujours cette chanson qui me trotte dans la tête
Kilomètre après kilomètre je pense à eux, mes grands parents. Je les
aime. Ils m’ont tant manqué. Chaumont. Je vois déjà le sourire complice de pépé
qui va me demander « alors, as-tu fait bonne route ma petite fille
« tandis que mémé va me dire, le repas est prêt. Mémé est la reine de la
cuisine. Ses blanquettes sont un véritable poème. Mais rien n’égale ses soupes
faites maison. Et à Andryes les soupes au cresson rivalisent avec les soupes à
l’Oseille. Un régal ! J’en ai l’eau à la bouche
Auxerre ! L’émotion me submerge et j’ouvre grand les yeux. Ma golf
docile traverse le pont duquel on voit la cathédrale avant de tourner à gauche
pour monter direction de l’hôpital pour ensuite m’engager sur cette départementale que je connais par cœur.
Gy-l’Eveque. C’est ici qu’en compagnie d’une copine j’avais fait du stop,
sans savoir que le conducteur de la voiture dans laquelle nous étions montées
était un ami de mémé et pépé.. Je me souviens encore maintenant de ma honte
quand je me suis aperçue qu’ils étaient au courant et de mon soulagement quand
j’ai vu sur le visage de pépé SON sourire gentil un tantinet ironique et que
mémé m’a simplement dit, « ne le refais plus » sans autre forme de
procès.
Coulanges-sur-Yonne. Plus que 4 kilomètres. Mes yeux sont des soucoupes. J’ai
traversé Coulanges et je me retrouve sur la route qui descend vers Andryes. Je
pense à la petite chambre sous les toits dans laquelle se trouve MON lit. De la
lucarne je peux voir les poules en liberté et l’église qui se trouve juste à
côté en hauteur. Je sens l’odeur du pain grillé des petits déjeuners. J’entends
déjà mémé me rappeler de ne pas prendre de bain trop rempli, car le chauffe
eau….et pépé me demander comment vont les enfants.
Andryes. J’y suis, j’y suis… L’arbre de la liberté, le petit « grand
pont », au pas je traverse Andryes et la voilà, la maison, leur maison, ma
maison. Mon cœur fait un bond et se serre, bien sûr. Une femme, qui n’est pas
ma grand-mère bien sûr, en sort sans me
voir, sans me regarder et au lieu de me garer sur le petit bout de terrain
devant la grille, je fais le tour, je gare ma golf derrière. Au lieu de refaire
le tour à pied et de frapper à la porte, je monte vers l’église…
Arrivée en haut, je jette un regard sur la campagne et, lentement, les yeux fixés sur la petite maison de mes
ancêtres, je mange mon casse-croûte en pensant à toutes les soupes, qu’elle me
faisait, elle, mémé. Puis, les yeux remplis de larmes, je me dirige vers le cimetière où elle et
pépé reposent l’un à côté de l’autre…
(Annemie Auburtin)