dimanche 7 juillet 2013

Ma toute grande, ma toute petite


création photographique Ode B


Quand tu souris
On dirait que tu croques la vie
Tenace
Pugnace
Jamais soumise
Plutôt  rétive
Rebelle
Et belle
Secrète
Et tenant tête
Ma fille courage tu es
Ma fille d’amour tu es
Je t’ai t toujours connue
Dès le premier instant  je t’ai reconnue
Très jeune tu es partie
Vivre ta vie
A la mienne dès lors tu as manqué
Sans que tu l’ais remarqué
Mon amour pour toi
Maladroit
Et  immense
T’apporte souffrance
Trop de choses je te confie
Pas assez « tu » je te dis
Pardon
Pardon
Je t’aime
Je taime

Annemie Auburtin

Fille de mon coeur

création photographique Ode B


Fille de mon cœur
Fille dans mon cœur
Fille dernière née
Fille plus que tout désirée
Tes boucles enfantines
Mon cœur égratignent
Tes cheveux dans leur blondeur
De tes rêves dissimulent la terreur
et tes sourires tant poignants
De ta vie, taisent les tourments

Annemie Auburtin

mardi 2 juillet 2013

samedi 22 juin 2013

Madeleine écrit à son fils Raymond

(Madeleine, photo prise par sa petite fille)


Madeleine écrit à son fils Raymond


Choisy-le-Roi, le 20 mars 1985

Mon fils, Raymond

Je suis contente, aujourd’hui est un jour où je suis contente. Je n’ai pas eu à demander à…à… tu sais bien, celle qui vient me donner à manger, comment tu t’appelles. D’ailleurs, comment qu’elle le saurait, elle ne te connaît même pas. Les autres qui font les choses à ma place ne te connaissent pas non plus. Là où je vis,  personne ne vous connaît, ton père et toi. Parfois j’ai envie de pleurer parce que je n’ai personne avec qui parler de vous deux. Si, si, bien sur on m’écoute, mais à quoi bon, elles ne savent pas, elles ne savent rien. Et quand elles me parlent d’elles, c’est moi qui ne comprends rien. Internet, téléphone sans fil, développement durable…. Et d autres. Que des noms qui me donnent envie de pleurer parce, figure toi, ça ne veut rien dire ces mots là..

Tu te souviens ? Tu te souviens des jours où je préparai le poisson que ton père et toi aviez pêché? C’était à Andryes. Tiens, c’est drôle, je me souviens du nom et même de la maison. Alors que pour l’en tête j’ai mis Choisy-le Roi, et que je sais bien que je n’y habite plus depuis.. depuis… depuis longtemps. Mais pour savoir où j’habite maintenant, ça… j’ai beau faire, ça ne me revient pas. Parfois je me réveille et je laisse mes yeux tout longtemps fermés et on dirait que je suis à Choisy et que Robert fait toaster le pain. Et je suis heureuse, tellement heureuse !!! Mais ça ne dure jamais, elle, celle qui vient me laver, entre et crie très fort « bonjour Madame Brienne ». Et je suis à nouveau triste. Parce qu’elle crie comme si j’étais sourde. Parce que c’est pas Robert. Parce que j’aurai pas de pain toasté.
Où il est Robert ? Où il est ton père ? Pourquoi que je ne le vois plus ? Je sais, je sais, il est soldat. Et toi aussi. Je sais. J’ai un peu peur. Mais moins que toute à l’heure. Vous reviendrez bien, dis, vous allez revenir ?

Tu te souviens Raymond quand je t’emmenais au cinéma ? Je m’en souviens, moi, comme si c’était hier. Ces souvenirs là  je m’en souviens, pourtant parfois je voudrai bien ne pas me souvenir, des fois ça fait trop mal. Je ne comprends pas bien pourquoi tout est changé, ni où tu es, ni où est ton père…. C’est quand même drôle, la guerre je croyais qu’elle était terminée, alors pourquoi vous êtes soldats ?

Ne soit pas fâché  pour la date de cette lettre j’ai mis n’importe quoi, car là, pas fichue de savoir le jour que nous sommes et encore moins l’année. Ça me fait peur de plus savoir quand on est !  Vu le temps dehors, je me suis dit qu’on était peut être en mars, tu sais… mars qui en secret prépare le printemps.. Combien de fois je te l’ai faite réciter celle là de poésie. Et maintenant je ne sers plus à rien. Je ne sais plus rien faire toute seule, tu ne peux pas savoir comme ça me donne envie de pleurer. Je ne peux même pas t’écrire toute seule. C’est ….celle qui tous les jours vient me laver (je ne sais plus son nom) qui écrit à ma place. Ce qui fait que je peux pas te dire ce que je veux. Tu comprends, y a des choses qu’on peut que dire soi même et des choses qu’on peut pas faire dire par quelqu’un d’autre.

Hier Jacqueline est venue me rendre visite. Je l’ai bien reconnue, ça oui. Qu’est ce qu’elle peut m’énerver à dire qu’elle est Anne-Marie, ma petite fille. Pour quoi elle dit ça ? Je la reconnais bien, elle ressemble à sa mère Jeanne, tu sais  Jeanne ma sœur , tu sais bien  je suis fâchée avec elle  depuis longtemps. C’est peut être pour ça qu’elle veut me faire croire qu’elle est pas Jacqueline. Ma petite fille !!!, je suis sure que tu ris aussi, comme moi maintenant. Tu n’es même pas marié. Tu n’as que 18 ans… Tu as bien 18 ans ???
Non, tu n’as pas 18 ans. Tu es vieux. Claudine qui écrit cette lettre pour moi, (elle vient de me dire son nom) me dit que tu as 4 enfants.. Elle me dit que c’est bien Anne-Marie qui vient me voir tous les jours. Mais toi, tu es où, dis, tu es où ? Tu n’es donc pas à la guerre ? Mais non, tu n’es pas à la guerre, puisque tu es vieux. Alors ton père, lui, il est où ? Claudine  me dit qu’il est mort. MORT !! C’est pas possible ! Mort.

S’il te plaît vient, vient … ça s’appelle Rosières-aux-Salines m’a dit Claudine et c’est une maison pour les gens comme moi,  qui ne se souviennent plus, m’a dit Claudine.
Vient, je suis toute seule, je sais pas à qui parler et je sais pas de quoi parler. Tu m’emmènerai avec toi, je ne suis pas bien lourde, je ne prends pas beaucoup de place et je ne serai pas longue parce que sans Robert, ma vie elle vaut pas bien la peine et ici elle vaut pas la peine du tout
Ta maman
Madeleine

(Annemie Auburtin)

Madeleine n'a pas écrit cette lettre, mais elle aurait pu l'écrire de là où elle a fini sa vie, ne sachant plus très bien qui était encore en vie et qui était celle qui lui rendait visite.
Madeleine est née en 1904, à verrières-le-Buisson
Elle est morte seule, à l'hospice civil de Rosières-aux-Salines, elle avait 86 ans.
Je l'aimais, elle, mémé, elle était ma grand-mère.

vendredi 21 juin 2013

Par une nuit sans lune, la femme, le marin et..... l'amie


Par une nuit sans lune, elle se demandait de quoi demain serait fait ? Dehors la mer démontée laissait présager une nuit tourmentée

2-La femme et le marin et ...... l'amie

(photographe et créatrice Ode B)

Par une nuit sans lune elle se demandait
De quoi demain serait fait.
Dehors la mer démontée
Laissait présager une nuit tourmentée.
Par le départ de son homme
Sa pensée était absorbée.
Dame nature si capricieuse
Allait-elle la rendre malheureuse ?
Lui prendrait-elle son homme
Parti pêcher en mer
Aujourd’hui comme hier
Sur des flots si souvent déchaînés.
Que disait donc Renaud ?
« La femme préfère la campagne »
Encore une parole de macho
Ou…. De matelot.
Telle du matelot la compagne
La mer est forte et femme
Et forte comme toutes les femmes.
Mer ou campagne, ça changeait quoi ?
Son homme si loin, qui sait s’il reviendrait.
A quoi sert d’être forte et femme
Si jamais plus, lui ne le verrait.
Elle décrocha son téléphone
Et c’est à femme comme elle,
Une amie bretonne
Qu’en un flot de paroles essentielles
Son angoisse elle dira.
De son amie les sages pensés
Vont rapidement l’apaiser
De son amie les doux sentiments
Mettront fin à ses tourments.
Elle n’est plus rien l’absence masculine
Face à la solidarité féminine.
Entre les mains une tasse de thé
Elle s’est installée sur son canapé.
Finalement elle n’était pas si mal
Même si elle n’allait jamais au bal.
Son esprit se mit à vagabonder
Par-delà les mers démontées.
Tandis que ses yeux fixaient
Sans la voir une bougie qui se consumait.
Demain finalement serait pareil à aujourd’hui
Elle, devant une bougie
Lui, dans la nuit
Elle toute seule les soirées
Lui, par vents et marées.
Elle, buvant son thé
Lui, naviguant sur les mers déchaînées
Annemie Auburtin

jeudi 20 juin 2013

Par une nuit sans lune.....La mer et le jardinier


« Par une nuit sans lune elle se demandait, de quoi demain serait fait. Dehors la mer démontée laissait présager une nuit tourmentée…….. »

1-Le mer et le jardinier
Par une nuit sans lune elle se demandait
De quoi demain serait fait.
Dehors la mer démontée
Une nuit tourmentée laissait présager.
Son mari pour de lointaines contrées embarqué
Et si plus jamais il ne revenait ?
De quoi alors demain serait –il fait ?
Sa vie bonne à jeter est ce qu’elle serait ?
L’encre de la nuit cachait la jetée 
Et son esprit errait sur la mer démontée 
Pour tenter de retrouver en pensées
Son homme aux vents déchaînés exposé.

Comme pour s’accrocher à sa lointaine présence
Et ainsi se sentir soutenue dans son silence
De sa main elle caressait ce beau collier
Que d’une de ces lointaines contrées
Il lui avait rapporté
Et avec amour donné.
Que de larmes versées
Depuis qu’il s’en était allé
Que de soupirs, que de silences
Mais comment donc supporter cette absence ?
Puis elle vit passer le jardinier
Homme à souhait musclé
Comme ceux qui travaillent le sont
Et jamais ils ne sentent le poisson.
A la question de celui-ci
Si en mer son mari
Etait bien parti
Elle ne put que répondre oui.
A l’interrogation de sa voix
Perplexe elle resta.
Rester seule, était ce bien sa voie ?
Demain
Devrait-il être chagrin ?
C’est là la question qu’elle se posa.
Le jardin était grand !
Le jardinier charmant !
Par une nuit sans lune était ce bien la mer démontée
Qui laisser présager
Une nuit tourmentée ?
La mer ? Ou le jardinier ?

Annemie Auburtin

Annemie Auburtin

L'enfant ROI


(créatrice photographe: Emma)

Il était une fois
Un enfant roi
Adulte de par les ans
Il avait tout d’un tyran.
Je ne travaillerai point.
Non, je ne travaillerai point.
Clamait il haut et fort
A sa mère qui n’était pas d’accord.
Une grande chambre il occupait
Une gentille chérie il recevait
Les courses ne faisant point
Le ménage commun encore moins.
De fatigue et de chagrin
Sa mère se tordait les mains.
Tu fais du bruit
Quand tu te lèves la nuit
Hurlait il, la sortant de son lit
Ma sœur, elle dégage
Clamait il, fou de rage.
Sa mère chez elle pourtant
L’aimant malgré ses hurlements
Se voyait vieillir dans les tourments.
Et de paix rêvait fréquemment.
Un bon tour lui joua
Car un jour elle trépassa.
Oh dit l’enfant roi
Qui de moi s’occupera
A la rue
C’est là qu’il fut
Ses cris
Personne ne les entendit
Maman je t’aimais
Dit-il en pleurs
Trop tard il était
Et impossible le bonheur.
Une fée qui par-là passait
Se dit que  le fils et sa maman
Bien mieux méritaient
Que ces horribles tourments
Et en demeure les mis
De sortir de la nuit
D’un coup de magique baguette
La mère repris du poil de la bête
L’enfant roi à la porte elle mit
Pour qu’enfin il apprenne la vie.
Des années plus tard,
Adulte enfin devenu
Il revint dans sa rue
Espérant qu’il n’était pas trop tard
L’enfant sa mère dans ses bras pris
Et le cœur battant
Lui dit tout simplement
Merci
Et………….. S’ils ne sont pas morts
C’est qu’ils vivent encore J

Annemie Auburtin




CRIS et CHUCHOTEMENTS




"le cri"  Evard Munch


Une voix
Qui chuchote en moi
Affolée, choquée, attristée
Dans ma paix violée
Des cris
Transpercent ma vie
Vielle folle
Pauvre cœur tu  flageoles
T’es immonde
J’entre dans la ronde
Sorcière
Des sentiments en bandoulière
Je te déteste
De l’Amour indigeste
Oh ces cris
Transpercent ma vie
Porte encore et encore claquée
Mon âme est  piétinée
Porte cassée et re cassée
Amour encore et encore fracassé
Verre brisé
Respect oublié
Âme brisée
Amour piétiné
Meurtrie
Suis-je  seulement encore en vie
Mes chuchotements
En moi hurlent abominablement
Téléphone qui sonne
Amitié qui résonne
Amitié et chaleur
Tout doux mon cœur
Mon enfant meurtri
Plus à plaindre que moi
Dans sa violence emplie d’effroi
Ne casse plus ma vie
En dépit, je vis
En dépit, je vis.

Annemie Auburtin